ÉPOQUE CLASSIQUE DE LA SCIENCE ET DE l’aRT
371
trente dernières années du dix-huitième siècle. En effet,tandis que des hommes calmes et sensés comme l’humoristevon Hippel cherchaient tranquillement la solution du pro-blème de la liberté, la jeune génération dépensait ses forcesà de fougueuses impossibilités. Excitée par Lessing qui lutdévoilait la pauvreté de notre littérature, par Winkelmannqui lui ouvrait les yeux sur la beauté hellénique, par Jean-Jacques Rousseau qui l’appelait éloquemment à la pratiquedes lois de'la nature, elle prit pour devise: Liberté et natureet se mit à ébranler les colonnes du passé, déclarant laguerre à tout ce qui était suranné en fait d’idées, de mœursou de costume, à tous les préjugés de caste ou de corpora-tion, lançant la raillerie et la satire contre les vieilles for-mes de la société. Dans cette fermentation générale, il y eutdes contrastes vraiment bizarres ; on vit combattre pour lamême cause Georges Hamann, de Kœnigsberg, qui voulaitremplacer l’esprit sénile qui paralysait la société par la foide la Bible, Lavater de Zurich dont le christianisme atten-dri et amoureux du surnaturel n’était au fond qu’un fana-tisme exclusif, le visionnaire-Jung Stilling et le philosophesentimental Jacobi. De même en Souabe, le calme deKæstner et la raison de Lichtenberg modéraient les excen-tricités de Sliubart, à travers lesquelles le regard pénétrantdu patriote Georges Forster reconnaissait pourtant la néces-sité d’une réforme politique.
Mais le vrai successeur de Lessing fut Geoffroi Herder(1744-1803), né à Morungen, dans la Prusse orientale, quis’appliqua 4 réconcilier la civilisation antique avec la chré-tienne. Ses travaux sur Homère, sur Shakespeare, sur lalittérature orientale et espagnole ouvrirent de nouveauxjours à la critique et furent un acheminement à la créationoriginale. On fut un peu étonné du ton d’amertume quirègne dans les comparaisons entre Homère et Klopstock,Pindare et les lyriques contemporains, Théocrite et Gessner,Anacréon et Gleim. Il a surtout marqué son passage par