Buch 
La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
Entstehung
Seite
374
JPEG-Download
 

374

LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

l’ardeur révolutionnaire ; son Dieu était non pas Klopstoek,mais Shakspeare, dont le culte allait jusqu’à l’adoration.Elle croyait avec raison que la poésie n’a aucun besoin desecours étranger et que chacun trouve en soi ou dans lanature des éléments d’inspiration suffisants ; il ne s’agitque de savoir les mettre en œuvre. Un seul parmi tous cesjeunes gens se montra digne de remplir ce programme, cefut Jean-Wolfgang Goethe, né à Francfort-sur-le-Mein,en 1749 et mort à Weimar, en 1832.

Gœthe résume et accomplit en lui ce qu’avaient rêvéLessing et Herder ; le progrès successif de notre littératurea préparé les voies au poète souverain, la qualité qui amanqué jusqu’à présent à notre poésie, et que Merk appelailde ses vœux, l’originalité complète et nationale, l’auteur deGoelz et de Werther (1774) la possède dans toute sa pléni-tude. Ces poèmes en prose, écrits avec l’enthousiasme del’époque, ont atteint la perfection de l’art. Leur apparitionexcita un intérêt immense et remua les sentiments de la na-tion ; ce fut comme une étincelle électrique annonçant quel’Allemagne avait trouvé enfin la vraie beauté. Si c’était icile lieu, je pourrais montrer Gœthe s’avançant par degrésvers la perfection de son art, enrichissant le genre lyriquede ses lieds émouvants, de ses odes sublimes et de ses ma-jestueuses élégies, le genre épique de ses incomparablesballades, de son Wihelm Meister et d’Herman et Dorothé, legenre dramatique du comte d'Egmont, d’ Iphigénie, du Tasse,et enfin le chef-d’œuvre de sa vie, qui est à la fois l’orgueildel’Allemagne et la plus haute poésie de l’Europe, le Faustimmortel !

Frédéric Schiller (1759-1805), de Marbach en Souabe, as-socie son génie à celui de Gœthe et le complète. Les œu-vres de sa première période portent l’empreinte de l’époquede tempête et d’inquiétude où ils furent conçus, principa-lement les Brigands (1781), drame rempli d’une verve sau-rage et de passion révolutionnaire. Fiesque, Intrigue et