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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

soixante-huit se trouvaient réellement sous les drapeaux.Avant la guerre de Sept Ans, elle fut portée à deux cent millehommes et coûta 14 millions de florins. Les régimentsd’infanterie étaient de deux mille quatre cent huit hommes,ceux des cuirassiers et de dragons de huit cent douze,ceux de hussards, de six cent dix. Toute l’administrationmilitaire était placée sous la direction sénile d’un conseilde guerre qui se continua même dans les luttes contre Na-poléon et qui conserva les corps d’élite, vieux archers, tra-bants, garde du corps et de la cour, gardes nobles hongrois,tous magnifiquement équipés et ayant pour commandant^e prince Esterhazy qui, aux jours de fêtes, se décorait deplus d’un million de bijoux. En 1772, on introduisit laconscription dans l’armée active ; le Tyrol seul en futexempt. En même temps Lichstenstein réformait l’artillerie,mais sans atteindre à la supériorité des Prussiens. Inutiled’ajouter que la guerre se faisait toujours avec barbarie,surtout de la part des corps francs qui, pendant le règne deMarie-Thérèse, renouvelèrent, sous le commandement deTronk et de Menzzel les horreurs de la guerre de TrenteAns.

A l’exemple de l’Autriche et de la Prusse, les autres Étatsallemands eurent soin de séparer de plus en plus l’élémentmilitaire de l’élément bourgeois. Officiers et soldats secroyaient bien supérieurs au peuple qui les nourrissait; ilsuffisait de porter la livrée du roi pour se croire en droitde traiter avec brutalité toute personne étrangère à l’armée.

Les excès furent si criants que le roi Guillaume III dut, en1798, donner l’ordre suivant: «J’ai appris avec déplaisirque les jeunes officiers s’arrogent des privilèges sur la bour-geoisie ; que les militaires fassent valoir leurs avantages surles champs'de bataille, où il s'agit de défendre leurs conci-toyens, mais qu’aucun de mes soldats ne se permute d’êtrebrutal envers le plus petit de mes sujets, car ce sont eux etnon pas moi qui entretiennent l’armée, c’est leur pain q ul