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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

s’annonçait pour le développement futur de l’humanité eten comprirent la nécessité historique; mais leur voix seperdit dans le tumulte furieux que produisaient les obscu-rantistes, surtout à Vienne, où Léopold réagissait contre lesidées de Joseph II. Voulez-vous avoir une idée exacte del'horreur que ressentit le pédantisme allemand ? Lisez ceque le vieux Gleim tira de son cerveau usé. Quant à Schil-ler et à Goethe, ils étaient d’avis que le travail de la civili-sation ne peut s’accomplir qu’avec une progression lenteet réfléchie. Voici en quels termes Goethe s’exprimait sur laRévolution : « Le caractère français, dans ses jours de fo-lie, repousse la civilisation calme, comme le faisait jadis leluthéranisme. » Il ne s’en tint pas à cette note équitable,et, en vrai poète de cour, il décocha contre ce grand mou-vement certains persiflages dramatiques qui ne sont pas àsa gloire. Guidé par l’instinct de la liberté, Schiller compritmieux le sens de la Révolution, quoiqu’il n’en trouvât pasla marche assez idéale. Pendant ces terribles journées, ilfonda le journal les Heures (1194), dans l’introduction du-quel il disait que plus l’intérêt des temps présents excite lespassions et les subjugue, plus il est nécessaire de revenir àce qui est pur, supérieur, universel et au-dessus de l’in-fluence des temps. Il écrivait à Jacobi : « Nous voulons,pour ce qui regarde la matière, rester citoyens de notreépoque, parce que l’on ne peut faire autrement; quantil’esprit, le devoir du poète et du philosophe est de n’ap-partenir à aucune nation, à aucun siècle, mais d’être lecontemporain de tous. » Mais il y eut des hommes quifurent de leur époque, qui, dégoûtés de l’anarchie alle-mande, portèrent un regard d’admiration sur la France ; lacause de la république avait excité les plus vives sympa-thies dans les pays rhénans ; les clubistes de Mayence et deCoblentz, se considérant déjà comme citoyens français, tra-vaillèrent à leur réunion de leur pays à la France. Lorsqueaprès la paix de Bâle (1795), Mayence fut livré aux Fran-