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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

avec acharnement au rationalisme, montrant par les suitesde la révolution française et par les mouvements de l’Alle-magne du Sud que lorsque l’on cessait de croire à la mis-sion surnaturelle de l’Eglise, le droit divin des rois étaitbien près de sombrer.

Aussi les souverains s’empressèrent - ils de renouvelerleur alliance avec tous les clergés ; il y eut partout contrel’esprit du dix-huitième siècle une réaction qui décida lacoalition armée contre la république française et détournal’Allemagne de sa voie. Au début, l’on put croire quece mouvement, entrepris pour la défense de notre natio-nalité, ne ferait qu’étendre au dehors l’action de notrepays; mais la marche des événements prouva bientôt quel’on revenait en arrière et que l’on compromettait les résul-tats acquis.

Au moment où un Savoyard, Joseph de Maistre, et ungentilhomme français, de Bonald, opposaient, l’un avec intel-ligence, l’autre avec fanatisme, les doctrines du catholi-cisme à celles de la révolution et de la démocratie; oùChateaubriand, par son Génie du Christianisme, allait res-taurer en France le culte littéraire et artistique de la reli-gion, il se formait dans la petite université d’Iéna un grouped’hommes hardis qui suivaient les leçons de Fichte, puis deShelling, où les frères Humboldt parurent.souvent, où lesfrères Schlegel commencèrent leur carrière critique et réu-nirent autour d’eux quelques amis, parmi lesquels Novaliset Tieck occupent le premier rang. Il régnait dans ce petitcoin une animation qui rappelait l’époque de la tempête ; lajeunesse y souffrait trop du contraste qui existait entre lesprogrès de la science et la marche rétrograde des faits pourne pas essayer de concilier la poésie avec la vie, l’idéal avecla réalité. Ce fut l'œuvre que se proposa l’école romantique,dont les débuts furent pleins de belles promesses, mais qui,vers la fin, ne fut que l’alliée des princes, de la noblesse etdu clergé.