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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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ROMANTIQUES ET LIBÉRAUX

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On ne peut nier que le romantisme ne soit un fruit quiprovient de l’avortement de la révolution française. Celle-cidont les bienfaits ne devaient se produire qu’à la longue,blessa cruellement dans ses conséquences immédiates lasociété européenne, qui fut ensuite poussée à bout par lafolle ambition de Napoléon. Après avoir maudit un mou-vement qui amenait tant de malheurs sans tenir aucune deses promesses, on s’en prit au dix-huitième siècle qui l’a-vait préparé, et l’on voulut remplacer son action par quel-que chose de plus salutaire. Puisqu’il avait tout critiqué,tout nié, tout détruit, pourquoi ne pas remonter à l’époqueoù un dogme immuable maintenait le monde sous son au-torité? Telle fut la raison du retour au moyen âge. Le motd’ordre se répandit de tous les côtés ; il y eut presse autourdu drapeau, et le mouvement de réaction, loin d’être unemode éphémère, devint chez beaucoup une convictionardente.

Gardez-vous d’accuser les romantiques d’ignorance ou debêtise. Sans doute, sous leur bannière, à côté d’esprits sin-cères et ardents, s’enrôlèrent bien des médiocrités sans con-viction. Il n'en est pas moins vrai que leur entreprise, à sonorigine, était légitime et commandée par la nécessité toutautant que celle des révolutionnaires. Aussi trouvèrent-ilsdes partisans dans toute l’Europe civilisée, même dans laconstitutionnelle Angleterre et dans la Suisse républicaine,mais c’est en Allemagne surtout qu'ils rencontrèrent le plusd’éléments de succès. Leur doctrine fut empruntée deFichte et de Schelling. Pour ce dernier philosophe, l’uni-vers est une unité organique qui, animée d’une raison ab-solue, traverse tous les degrés de l’existence naturellecomme autant de phases de perfectionnement pour arriverenfin à la liberté et à la connaissance de soi-même. Aprèsavoir professé une sorte de panthéisme, il chercha à con-cilier la philosophie avec la religion et finit par sacrifier laraison à la révélation.