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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
On peut en dire autant de Novalis (1772-1801), qui est leprophète du romantisme dont Fichte et Schelling sont lesinspirateurs. Mal à l’aise dans l’individualisme stérile deFichte, il fit de douloureux efforts pour accorder la penséeavec le sentiment et trouver un point de conciliation entrela philosophie et la religion, la science et la poésie. Il cruttrouver ce point dans le christianisme catholique, et c’estdans cette foi qu’il composa ses Chants spirituels, dont le feuet l’âme ne seront peut-être jamais surpassés. Après lui,Frédéric Schlegel (1772-1828) professa la doctrine romantiqueavec toutes ses conséquences. Il commença par proclamerla supériorité de Gœthe sur Schiller, qui a trop fait pour laliberté pour n’être pas en butte aux çoups des novateurs ;en même temps il condamna avec énergie les productionsde Kotzebue et d’A. Lafontaine et proposa aux romanti-ques comme article de foi de combattre le progrès. Suivantlui, la société ne sera émancipée que par l’alliance entre lareligion et la vie, soit réelle, soit idéale. Il composa dansce sens, en 1799, son roman de Lucinde, dans lequel il sou-tient que l’homme ne pouvant atteindre à la plénitude deson être par l’activité énergique de sa personnalité, doits’abandonner à une paresse contemplative qui laisse à laliberté individuelle la pleine jouissance d’elle-même. Plusl’homme s’élève, plus il se rapproche de la plante, la plusbelle et la plus morale des formes de la nature ; la vie à sonplus haut degré n’est qu’une végétation. Or, le catholicismeétant de toutes les religions celle qui a le caractère végétalle plus pur, c’est à elle qu’il faut revenir. Schlegel s’y con-vertit en 1805, et dans tous ses ouvrages postérieurs il pré-sente la papauté comme le résumé parfait de l’Église et del’État, du peuple et de la science, de l’art et de la vie.
Son frère Auguste (1767-1845) n’abonda pas si complète-ment dans cette doctrine, bien qu’il se soit plu à en propagerles idées dans ses conférences sur l’art. Au fond, les deuxfrères étaient des natures antipathiques; ils contribuèrent à