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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
Louis, neveu du grand Frédéric, l’Alcibiade de Berlin quiaimait à s’entourer d’hommes supérieurs qui fussent enmême temps des gourmets, tels que Jean de Muller et Gentz.
Dans sa villa de Schrike, près de Magdebourg, les gensd’esprit étaient bien traités si nous en jugeons par le récitque nous a laissé l’adjudant du prince, Cari de Nostitz quidevint plus tard général russe : « Nous passâmes, dit-il, dubon temps a Schrike. Les aboiements de la meute nousréveillaient à dix heures du matin pour la chasse ; après unléger déjeûner, nous sortions pour lancer le sanglier et leforcer. Rentrés à cinq ou six heures, nous nous mettionsà table où nous attendait une société choisie; des metsexquis, des vins excellents, surtout du champagne, apai-saient la faim et la soif. Le repas, suivant la mode antique,se continuait par de la musique et de joyeux amusements.Il y avait près du prince un piano où celui-ci remplaçaitparfois son maître de chapelle qui allait continuer sur unautre instrument. En attendant, la table restait servie etl’on pouvait prolonger le festin; ceux qui ne mangeaientpas jouaient aux dés ou aux cartes ou causaient avec leurvoisin. Les dames, nonchalamment assises sur des sophas,ajoutaient à ces plaisirs le charme qu’elles portent par-tout avec elles. Le temps passait si vite que souvent onne se séparait qu’à huit heures du matin. »
Alcibiade appelle naturellement Laïs ou Phryné ; le princeLouis trouva la sienne dans Pauline Wiesel, femme d’unegrande beauté et d’un tempérament lascif qui lui inspiraune passion violente. A lire les lettres sans orthographequ’il lui adressait, on comprend les vampires des légendesslaves. Des rapports d’une nature plus noble s’établirententre le prince et la juive Rachel Levin qui avait pour luiune passion ardente, mais secrète, tandis qu’il ne voyaiten elle que son meilleur ami. Rachel épousa plus tard lepeintre sur porcelaine Varnhagen d’Ense. Femme des plusdistinguées et des plus spirituelles de son temps, elle eut,