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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

en héros et son exemple enflamma la jeunesse allemande.

Aussi, lorsque Napoléon revint de Russie où il avait perduses meilleurs soldats et le prestige de son invincibilité, iltrouva en Prusse une génération qu’animait l'amour de laliberté et de la patrie. Le 17 mars 1813, Frédéric-Guillaumepublia sa proclamation célèbre: A mon peuple; le 25 marsparaissait celle de Kalisch, promettant à la nation alle-mande la liberté au dedans et au dehors, le rétablissementde l’Empire rajeuni qui représenterait la nation unie et in-dépendante dans le concert des puissances européennes, —belles promesses, pleines d’espérances, mais auxquellesrépondra si peu la triste réalité.

Cependant l’enthousiasme se répandait par toute l’Alle-magne; Maurice Arndt et Max de Schenkendorf jetaientleurs notes guerrières et appelaient à l’assaut les massessoulevées ; Théodore Koerner tombait en combattant prèsGadebusch pour les nobles idées que ses chants avaientfait naître dans les cœurs allemands. A la suite des bataillesde Bautzen, de Dresde et de Leipsick, Napoléon était chasséau-delà du Rhin et l’Allemagne délivrée des Français. Il aété un temps, celui delà <c Jeune Allemagne », où il étaitde bon ton de parler avec un ironique dédain de cette guerrede l’indépendance et de faire fl de la lutte alors soutenue sur-tout par les Prussiens. 11 est vrai qu’elle a tourné au profitdu despotisme; mais est-ce une raison pour en faire porterla responsabilité au peuple allemand ? Puisque Napoléonavait mis au service d’une égoïste ambition les armes quela Révolution dirigeaiten vue de la civilisation, n’était-il pasjuste que les Allemands reconquissent leur nationalité mêmeà l’aide des Baschkirs? Qui d’ailleurs aurait prévu lefatalré-sultat de la guerre de l’indépendance ? Ceux-là même qui,par amour de la liberté, avaient chanté la ruine du Saint-Empire romain furent des premiers à sonner la trompettecontre la France; c’est ce que fit Goerres dans son Mercurerhénan. Le vieux Gœthe lui-même ne put échapper à la fièvre