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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

réaliser en mars 1848. Le despotisme, non moins surpris,promit dans le premier moment de terreur de se retremperdans ia démocratie et abandonna les rênes du gouverne-ment à l’opposition libérale, qui s’empressa d’organiser unparlement national. Une foule de professeurs, transformésen législateurs politiques, rédigèrent de belles constitu-tions sur le papier, où elles sont restées. On a accusé le li-béralisme de trahison pendant son passage aux affaires en1848-49 ; il est vrai qu’il se montra parfois injuste et par-tial. Quant à la question d’argent, il suffit de citer ce fou-gueux libéral qui, après avoir tonné contre le cumul dansles chambres badoises et avoir écrit des articles fulminantscontre la dilapidation du trésor, accepta les 1,600 florinsqui lui revenaient en sa qualité de représentant du gouver-nement central. Un autre, possesseur d’une grande fortune,ayant été nommé sous-secrétaire d’État, ne se contenta pasdes 4,000 ou 6,000 florins que lui valait cette charge et sefit payer encore ses indemnités de déplacement commecommissaire de l’empire, soit 40 florins par jour.

Enfin, on ne peut nier que les chefs de l’opposition li-bérale n’aient été, presque sans exception, convertis en dé-fenseurs du trône et de l’autel par l’offre d’un portefeuilleou d’un poste diplomatique. Comme ils auraient protestéquelque temps auparavant contre celui qui eût prédit unetelle métamorphose ! Mais ces messieurs, qui se firent alorsles champions du trône, n’étaient-ils pas d’un rouge ardentvers 1844-45, lorsque le prétentieux Bunsen faisait entrevoirau roi de Prusse la possibilité de se servir du nouveau ca-tholicisme pour établir une église allemande souveraine ?

C’était le moment où Basserman tenait à honneur d’assis-ter à l’entrée triomphale de Ronge à Manheim et excitaitcontre les princes allemands le peuple réuni dans son jar-din, où Welcker de Heidelberg, les poings crispés et lafigure en feu, s’écriait : « A bas les trônes de ces gaillards,à bas tout de suite ! En ce moment, nous pouvons faire du