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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ BT LES MŒURS ALLEMANDES

dérisoires. A Berlin, un charpentier touchait, à cette épo-que, 20 silbergros, un cordonnier de 15 à 20, un tailleur de15 à 22, une blanchisseuse 171/2, une repasseuse de 10 à 15,une fleuriste 7 1/2, une brodeuse de 3 à 12, mais il ne fautpas oublier que pour tous ces ouvriers et ouvrières, il yavait une morte saison de 6 mois. La plus grande misèrefut celle des villages de fabrique du cercle de Reishenbaeh,en Silésie, où un ouvrier actif ne gagnait que 3 ou 4 silber-gros par semaine. Comment, avec cela, suffire à l’entretiend’une famille ? Il n’y avait pas même de quoi l'empêcherde mourir de faim. Aussi ces pauvres gens, pendant lestrois hivers de 1844 à 1847, périrent-ils en grande partie.

Sur d’autres points de l’Allemagne, malgré les mesures lesplus énergiques, on ne put prévenir ces dures extrémités.A Cologne, il y eut, un hiver, 30,000 personnes réduites àvivre de la charité publique : on voyait ces malheureuxdévorer en guise de soupe les lavures des distilleries. Ce futplus horrible encore dans la Prusse occidentale; là desmilliers de familles furent privées de nourriture, de feu, detout moyen d’existence, et ce désastre se renouvela en1867.

Avec la pauvreté et la misère, on voit grandir les viceset les crimes qu’elles traînent à leur suite; la vie du prolé-taire n’est bientôt plus qu’un enchaînement de privationsphysiques et morales. Des milliers d’enfants, attachés dèsl’âge de six ans aux travaux des fabriques périssent avantla puberté, sans laisser trace de leur existence et n’ayantobtenu que l’inutile larme de compassion tombée des yeuxdu poète. Trop heureux de succomber, s’ils prévoyaient lesort qui attend ceux qui survivent. Lisez le Livre du roi deBettina d’Arnim et vous^ comprendrez que le prolétariat nepuisse, pour ainsi dire, élever ses enfants que pour lecrime. Voici ce qu'un médecin des pauvres de Breslau disaitdans un rapport en 1853 : « Les habitations de la classe ou-vrière s’ouvrent généralement sur des cours, de sorte que