RICHESSE ET MISÈRE
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ie peu d’air pur que les maisons avoisinantes y laissent ar-river est vicié par les odeurs méphitiques des écuries etdes cabinets. La plupart de ces demeures ressemblent plu-tôt à des étables de cochons qu’à des chambres habitées pardes êtres humains. Tout y est si délabré qu’à chaque ins-tant la maison tremble ; les chambres sont petites et basses,les fenêtres et les portes en mauvais état. Le plus souventl’eau suinte le long des murs. Et dire qu’un trou sem-blable coûte de 20 à 30 thalers de loyer ! »
Une nourriture malsaine et insuffisante, ajoutée au man-que d’air, développe chez les populations les maladiesépidémiques qui les déciment. De grands efforts ont ététentés dans ces derniers temps pour leur venir en aide etchanger ce triste état de choses, mais on n’a pas pu encorele faire cesser.
L'état moral du prolétaire est aussi navrant que son étatphysique et l’on s’étonnerait de voir tant de familles etd’individus lutter héroïquement contre les misères de leurdestinée, si l’on ne savait combien le sentiment de la justiceest inné dans le cœur de l’homme. Il n’y a, pour s’en con-vaincre, qu’à comparer le nombre des pauvres nécessiteuxavec celui des criminels. Les délits contre la propriété sontnaturellement les plus nombreux. En 1844 le tribunal deBerlin a poursuivi 3,221 procès criminels dont 1,115 pourvol. La même année dans le district de Dusseldorf sur 5,209crimes, il y avait 4,361 vols. C’est à l’ivrognerie qu’il fautattribuer les autres crimes plus grossiers. Celui qui n’a pastrouvé place au banquet du bonheur cherche volontiersl’oubli momentané de ses maux dans l’ivresse de l’eau-devie. Souvent le désespoir le réduit au suicide et le nombredes morts volontaires s’est accru pendant ces dernièresannées dans des proportions effrayantes. Au commence-ment du siècle, on constatait à Berlin 11 suicides par 1,000 dé-cès, en 1822, 1 sur 200 ; en 1830,1 sur 100 et la progression nes’est pas arrêtée là. En 1810, il n’y eut à Hambourg que