OMBRE ET LUMIERE
453
vaille d’ailleurs avec zèle à conserver cette heureuse igno-rance.
Nos romantiques, dans leurs romans et leurs dra-mes, ont semé ces vagues théories de somnambulisme etde magnétisme qui ont toujours action sur la foule, car rienne réussit comme de spéculer sur la sottise humaine. Nousavons déjà remarqué que l’obscurantisme religieux entraîneavec lui le servilisme politique. A ceux qui en douteraientnous signalons les Paroles royales qui se trouvent dans leschants populaires publiés à Erfurt en 1847. Ils y verront àquel degré l’abaissement servile peuvent descendre les pié-tistes.
Un moment arrive pourtant où la conscience publique serévolte contre tant d’absurdité. L’abrutissement systémati-que des esprits par le piétisme et le mysticisme romantiquea fait naître le mouvement des amis de la lumière et descommunes libres. L’opposition qui s’est déclarée en mêmetemps chez les protestants et les catholiques, bien que re-foulée par la tyrannie de 1850 à 1871, a jeté des germes quine seront par perdus pour l’avenir. Nous ne nous faisonspas grande illusion sur la valeur intime du mouvement re-ligieux; nous convenons qu’avec l’abandon de l’idée derédemption et de tout le surnaturel qui s’y rattache, le nou-veau christianisme n’est plus qu’une fiction sans valeur etsans fondement. Mais, d’un autre côté, nous savons que lesindividus et les mœurs n’avancent que lentement et pas àpas, aussi bénirons-nous toute main qui détachera unepierre de l’édifice de la superstition.
Mais tandis que la Suisse, par sa guerre des Grisons en!847, chassait les jésuites de sa confédération, l’obscuran-tisme étendait ses ombres sur le reste de l’Allemagne, que