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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
Son vrai mérite est d’avoir parlé une langue claire et à laportée de toute intelligence et de n’avoir pas caché commeHégel des idées fort communes sous un jargon barbare.Son pessimisme fut soutenu par Édouard de Hartmann quidans sa Philosophie de l'inconscient complète et critique enmême temps son prédécesseur.
Cependant la littérature de la Restauration était tombéedans la fadeur, malgré les efforts des médiocres élèves deKotzebue qui infectaient le théâtre et les bibliothèques po-pulaires de leurs lazzis et de leur mauvais goût. Un seul,le Français germanisé Chamisso, se rallia au souffle de laliberté qui passe sur le dix-neuvième siècle; les autres rem-plissaient de leurs ineptes poésies l'almanach des Muses etles recueils de poche. Peu à peu cependant on sentait dansles ouvrages nouveaux la transition'de l’art libre à l’étatlibre ; c’est ainsi que Platen opposait aux galimatias roman-tiques la verve de ses comédies aristophanesques et au lieudu quiétisme absolu, célébrait dans ses vers lyriques lesaspirations libérales. Bientôt Louis Bœrne fondit la couchede glace que la résignation et l’apathie, prônées par unepolitique calmante, avaient étendue sur l’Allemagne, grâceà l’ardeur de son souffle patriotique et républicain. En mêmetemps Henri Heine, dans un délire bachique, bafouait lesniaises prétentions des philistins romantiques et par lesmâles accents de douleur qu’il versait dans la satire politi-que, élevait ce genre au rang de puissance littéraire natio-nale.
Ainsi réveillée par Bœrne et par Heine et cédant d’und’un autre côté à l’influence de Byron et des lyriques fran-çais, la jeune Allemagne s’inspira des tendances du siècle etchanta la douleur générale et le déchirement. C’est en vain que« le mangeur de Français», Menzel, combattait cette évo-lution au nom du christianisme germanique, Mundt et