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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

et de Ludwig feraient honneur à n’importe quelle litté-rature.

Malheureusement l’imitation française continuait à dés-honorer notre théâtre, malgré les efforts contraires deLindner, de Kruse, de Wilbrandt, de Gottschal et de Heyse.Ce dernier aurait eu plus de succès si, dans sa manièreraffinée, il se fût moins posé de problèmes psychologiques.

En général notre poésie manque d’originalité et d’inven-tion; là où vous cherchez du neuf, vous ne rencontrez quedes idées et des tableaux déjà mille fois reproduits. Malgréde beaux poèmes comme YEuphorion de Grégorovius, on nefait que remettre sur le chantier les vieilles rengaines etsouvent les plus absurdes. Il n’y a pas jusqu’au pot-pourrià la Fouqué qui n’ait eu un regain de succès dans la réac-tion qui suivit l’année 1850. C’était revenir à la barbarie ro-mantique et imiter la France qui importait alors chez elleles combats de taureaux de l’Espagne, afin d’exciter par lavue du sang les nerfs émoussés du Parisien. La vie allemandesouffrait du manque d’inspiration nationale et s’étiolaitsous l’influence de la police dont nous avons indiqué plushaut les tristes effets : les plus riches talents se décou-rageaient, tournaient à l’aigreur, à la surexcitation hysté-rique et au raffinement maladif qui, en 1834, armait déjà lebras meurtrier d’une Charlotte Stieglit, désireuse de relever,par un bizarre sacrifice, les absurdes poésies de son mé-diocre époux.

Une femme d’esprit disait dès les premières années dusiècle : « Il faut inventer du nouveau pour le salut de l’hu-manité, l’ancien est usé 1 » Ce qu’elle réclamait est inventéet n’est pas nouveau, c’est l’idée humanitaire qui a inspirénotre littérature classique et qui anime aujourd’hui lascience. Elle a dépouillé le système de Hégel de ses abstrac-tions, imprimé à la philosophie une marche plus pratique