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conséquent usé de cette boisson, c’était une abomi-nation de l’employer ; de plus, le café devait êtrebrûlé et charbonné avant d’en faire infusion ou dé-coction ; or le Coran proscrit le charbon parmi leschoses impures comme aliments.
Les muphtys, les muezzins assemblés dans un doctedivan, fulminèrent un sanglant anathème contre lecafé, dans un Fetwa énergique, déclarant en proprestermes que ceux qui en useraient porteraient au jourde la résurrection générale un visage plus noir quele fond des chaudrons où l’on fait bouillir cette infer-nale substance '.
Il paraît qu’on n'ajouta qu’une médiocre confiance àcette assertion et que le fetwa ne réussit pas à effrayerles amateurs de café ; les fakirs, les mollahs, lesimans, les derviches qui en prenaient en grandequantité, malgré les défenses, même jusque dans lamosquée sainte de la Mecque, sous prétexte de setenir éveillés pendant la nuit, se mirent à défendreleur boisson favorite. Ils prétendirent que c’était lepieux muphty Djemal-Eddin qui en avait propagél’usage, et qu'il ne pouvait pas se tromper.
Il se fit également un changement d’opinion ausujet des qualités du café. Les assertions des méde-cins persans furent contrôlées et mises en doute. Ondécouvrit dans des textes anciens que le savant doc-teur Ben Giaslah avait constaté que le café étaitchaud, et non froid. Il n'en fallait pas davantage pourfaire changer les idées. Le docte Fakr-Eddin-Abou-beckr ben Àbid Iesi écrit un livre qu’il intitule : LeTriomphe du café, et le poëte Sherif-Eddin-Omar benFaredh le chante en vers harmonieux.
i. Sylvestre de Sacy. Chrestomathie arabe, t. II, 1806,