DE NEW-YORK A PARIS.
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répondit-il. Ils ne nous ont pas pardonné notre ten-tative du Mexique. Et en ce qui me concerne person-nellement, j’ai saisi, — pourquoi ne pas l’avouer entrenous?— des nuances d’étonnement qui vont jusqu’à ladésapprobation de ma nouvelle attitude. L’Amériqueest allemande jusque dans ses moelles, et commenten serait-il autrement? Il y a certainement ici plusd’Allemands que d’Anglais, et aucun d’eux, en sedonnant une nouvelle patrie, n’a oublié l’ancienne.Tenez, depuis qu’on parle d’une rivalité entre laFrance et l’Allemagne, des gens qui habitent l’Amé-rique depuis trois générations commencent à regarderde travers les Français, et soyez certain que beaucoupd’entre eux abandonneront leur commerce, leur in-dustrie, leur situation, pour aller guerroyer contrenous, alors qu’ils pourraient rester tranquillementici. La Patrie! Le Vaterland, comme ils disent... Aveccela, on va au bout du monde. S’il faut tout vousdire, je suis découragé, éteint, annihilé. Décidé-ment, j’ai mal fait de quitter Paris et de poser maplume.
Puis il s’excusa de ne pas me retenir à dîner. Iln’était pas installé. Il était encore comme l’oiseau surla branche. Plus tard...
Je le quittai bouleversé, mais me refusant cepen-dant à partager ses désillusions et ses craintes. LaFrance battue, l’Empire disparu... Quelle folie! Il suffitdonc, me disais-je, d’alfubler un homme d’esprit d’uncostume officiel pour en faire un trembleur!
Le lendemain matin, je descendais de ma chambre