4 JOURNAL D’UN OFFICIER D'ORDONNANCE.
Mais la seconde raison, hélas! est plus absolue.L’Empire a besoin de la guerre, il la veut, il la fera.
Et baissant le ton, avec accablement il ajouta :
— Il y a eu quinze cent mille Non au plébiscite.
— Hé bien, on fera la guerre. Et je vous remerciede me prévenir. Je vais planter là mes chiffres et mesrapports. La France n’a plus besoin de statisticiens;elle a besoin de soldats. Je suis capitaine de mobiles.Est-il temps de faire mes malles? Je ne serais pasfâché, après tout, d’aller faire un tour en Allemagne.Je parle allemand comme feu Arminius. J’irai visiterles bibliothèques des villes conquises.
Le ministre m’arrêta net.
— Que c’est beau d’être jeune et de croire! medit-il. Mais, malheureux enfant, non seulement vousn’irez pas en Allemagne, mais vous serez écrasés enFrance. Croyez-moi : je connais les Prussiens. Nousn’avons rien de ce qu’il faut pour lutter avec eux. Ilnous manque des généraux, des hommes et du maté-riel. Nous serons broyés.
Puis, comme se parlant à lui-même, oubliant quej’étais là, il ajouta :
— La France sera en révolution avant six mois.L’Empire parterre. Ah! j’avais bien besoin...
Il n’acheva pas; mais je compris que, dans lescatastrophes qu’il prévoyait, il ne s’oubliait pas toutà fait.
— Êtes-vous content au moins, lui demandai-je, dela réception qu’on vous a faite ici?
— Médiocrement. Ces gens-là ne nous aiment pas,