16 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
— Ah! mon cher enfant, me dit-il aussitôt, quevenez-vous faire dans cette galère?
— Mon général, je suis capitaine de mobiles horscadres. Je voudrais une compagnie.
— Allez-vous-en à Châlons. Toute la mobile y est.
Il griffonna trois mots au crayon sur un agenda, et
poursuivit :
— Vous donnerez cela à Berthaut, qui commandelà-bas; et s’il n’y a pas de compagnie disponible, onvous en formera une.
Puis, pendant que le cheval trottait rapidement, ilse plongea dans ses vieux souvenirs, et ajouta en meregardant :
— La Chine, c’était le bon temps!... Maintenant, quevoulez-vous que je fasse? Je m’escrime de mon mieux;mais il est bien tard pour accomplir quelque chose depropre. Nous n’avons été ni heureux ni habiles. Jeressemble à un cuisinier qui attendrait, pour faire sonmarché et commencer son dîner, que ses maîtresfussent à table. C’est une besogne terrible et sansgloire. Enfin, je fais ce que je peux.
Et désignant de la tête le Palais-Bourbon, qui avaitl’air de’sortir du pont de la Concorde où nous courions.
— Ils ont encore été heureux de me trouver, ceux-là,qui se sont si mal conduits envers moi, jadis. Ah! jevous assure que ce n’est pas pour eux que je travaille,mais pour la France d’abord, à qui il faut songeravant tout, et aussi pour cette pauvre Impératrice quiest à la fois énergique et touchante.
Nous étions arrivés.