LE CAMP DE CIÏALONS.
29
que la moindre atteinte portée à une discipline déjàtrop ébranlée était un véritable malheur national. Or,c’était porter atteinte à cette discipline que de parlerdoses droits à une troupe turbulente, déjà trop portéeà oublier ses devoirs. Le soldat n’a pas le droit d’êtreici plutôt que là. Il a le devoir d’aller où on l’envoie.Admettre que la mobile parisienne avait le droit d’êtreà Paris, c’était admettre que la mobile de l’Ardècheavait le droit d’être à Privas. Faites donc une arméeavec de pareilles théories! Il est juste néanmoins dodire,à la décharge du gouverneur, dont la parole sou-vent valut moins que la pensée, que le retour de lamobile et le désir de la flatter faisaient partie d’unplan concerté avec l’Empereur, plan qui explique laconduite du général jusqu’au 4 septembre inclusive-ment, et sur lequel je donnerai des détails que je croiscurieux et inédits.
Je partis sur-le-champ en carriole pour Reims, et,le lendemain au matin, un train formé par les agentsde la Compagnie du chemin de fer attendait le pre-mier détachement de la mobile parisienne, qui arrivaà pied du camp de Châlons. L’embarquement et ledépart s’effectuèrent sans encombre. Mais le voyagefut sans agrément pour moi. Les soldats détachésdont la tenue m’avait scandalisé de Paris à Châlonsétaient de petits saints, comparés à ces diables demobiles. Le train était une fourmilière en désordre.Courir sur les toits des wagons au risque de se fairedécapiter au passage des ponts, circuler sur lesmarchepieds au risque de se faire écraser par les