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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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30 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE. (

poteaux ou les trains montants, n’étaient qu’un jeu ■d’enfants. Ils envahissaient jusqu’au tender et jusqu’àla locomotive. A la moindre halte, — et on s’arrêtaitsouvent, — ils s’éparpillaient dans les champs, cou- !paient les légumes, arrachaient les palissades,brisaientles vitres des maisons, se livraient à toutes les folies ;imaginables. J’avais emporté de mon passage dans ,l’armée active des habitudes de sévérité qui cadraientmal avec le désordre des soldats et la résignation de jleurs officiers, et, à un certain moment, exaspéré devoir méconnaître mon autorité, je tirai tranquille- ;ment mon sabre avec l’intention bien arrêtée d’en tjouer, dussé-je être écharpé. La démonstration suffit |heureusement, et tout rentra à peu près dans l’ordre jjusqu’à Paris, où je remis avec plaisir aux intendants !et aux officiers de place, qui attendaient à la gare, le 'soin de diriger ces enragés sur le camp de Saint-Maur.

Il ne faudrait pas croire, en lisant mes apprécia-tions sur les mobiles parisiens, que je méconnaisseles qualités spéciales dont cette troupe fit preuve, ouplutôt les qualités qui étaient en elle à l’état embryon-naire et qu’on aurait pu développer. Il y avait dansla mobile parisienne des éléments excellents, des gensdévoués, débrouillards, de charmants petits soldats, et imême des héros modestes. Mais ces bataillons impro-visés n’étaient ni fondus, ni amalgamés, ni régula-risés. Ils ne soupçonnaient même pas ce que c’estque la discipline militaire, et n’avaient pas eu letemps de contracter cette habitude de la patience, del’abnégation, du renonceroentindividuel, sans laquelle