. 48 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
contiennent, les aligner l’une à côté de l’autre dansle composteur, et reproduire avec leurs petits signesde plomb les mots tracés sur la copie par ma plume.Si leur travail est possible, c’est que chaque lettre estdans son trou, là où elle doit être, et si leur établiétait renversé, si les lettres se mélangeaient, il leurserait impossib’e de composer. « Que feriez-vous, de-mandai-je un jour à l’un d’eux, si on brouillait voscaractères? — Monsieur, répondit-il, lorsque les ca-ractères sont brouillés, mélangés, on dit qu’ils sonttombés en pâte. Alors on les donne à la fonte. Il estinutile de les trier : cela ne rapporterait pas ce quecela coûterait.» Eh bien,en ces jours que je décris, laFrance, pourrait-on dire en empruntant à mon typo-graphe son expression spéciale et pittoresque, laFrance était tombée en pâte. Tous les caractères,c’cst-à-dire tous les citoyens, étaient brouillés. Il étaitimpossible de rien composer, de rien faire avec eux.11 a fallu mettre à la fonte la malheureuse nation.L’a-t-on refondue, au moins? Hélas 1Une idée plus ingénieuse que pratique, et plusartistique qu’utile, fut encore celle d’appeler à Paristous les pompiers de France. Elle avait pour auteurl’aimable homme qui s’appelait Janvier de La Motte,le plus populaire de tous les préfets de l'Empire, celuiqu’on avait nommé plaisamment le père des pompiers,etquiestmortrécemment, après une brillante carrièreparlementaire succédant à une brillante carrière admi-nistrative, pleuré de tous, môme de ses adversairespolitiques. A sa voix, on vit accourir de tous les points