50 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE
que Clément Duvernois mena en homme de génie cetteentreprise immense et compliquée. Chose étrange,trois fois j’allai chez lui, et trois fois j’y rencontraiM. Thiers. M. Thiers n’avait pas encore cette popula-rité que lui donnèrent nos défaites prévues par lui,sa tournée diplomatique à travers l’Europe, et surtoutce fait qu’au milieu des membres du gouvernementde la Défense nationale, il semblait, avec son passégouvernemental, la seule épave des régimes réguliersqui surnageât encore. Mais il s’agitait comme un véri-table écureuil en cage. Muet à la Chambre, il serattrapait en courant les cabinets ministériels, pro-diguant les conseils et les recommandations, en fré-quentant les ambassades où il avait ses entrées et oùil était écouté, interrogeant les diplomates, sondantles dispositions des gouvernements, actif, affairé. Ilétait partout. On ne voyait que lui. Deux autres per-sonnages, étrangers ceux-là, passaient également leurexistence à courir. Je veux parler de MM. deMetternichet Nigra, qui représentaient à Paris, l’un l’Autriche,l’autre l’Italie, et sur le rôle desquels je serai amené àdonner quelques explications lorsque j’aborderai lerécit de ce que je vis de la journée du 4 septembre.D ailleurs, toutes ces allées et venues diplomatiques neproduisaient pas grand résultat. On savait déjà que lareine d’Angleterre avait écrit à l’Impératrice qu’ellene pouvait intervenir dans le conflit franco-prussien.On ne comptait guère sur l’Autriche. Quant à l'Italie,le bruit courut un jour que cent mille de ses soldatsfranchissaient les Alpes pour venir à notre secours.