A TRAVERS PARIS.
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Cette séance, à laquelle j’ai assisté, a duré dix mi-nutes.
Au bout du pont de la Concorde, sur la place,j’aperçois, en rentrant au Louvre pour rendre au gou-verneur compte de ce que j’âi vu, la tête blanche deM. Thiers penché à la portière de sa voiture entouréepar la foule. Il raconte Sedan. On l’acclame.
Paris s’endort sous un ciel superbe, et là-bas, dansle fond, derrière les tours de Notre-Dame, derrièrela flèche de la Sainte-Chapelle, derrière les clochetonsdu Palais de Justice, dans l’azur plein d’étoiles glissedoucement la lune, dont le masque informe me paraîtregarder à la fois la capitale endormie dans l’igno-rance du malheur qui la frappe, et là-bas, dans leNord, nos pauvres soldats, parqués sans pain, sanssouliers et sans armes, entre les lances des uhlans.
En traversant le Carrousel, je jette un regard surles Tuileries. Au-dessus du grand vestibule éclairé,et du corps de garde dont les lumières font scintillerles baïonnettes des sentinelles, une lueur voilée bril-lant à une fenêtre marque l’endroit où correspondentles appartements de l’Impératrice. Et je songe, lecœur serré, à la pauvre femme qui, loin de son mariprisonnier, loin de son fils isolé, pleure et veille sadernière nuit de royauté.
Demain, tout à l’heure, me dis-je, qui sait? Cettefemme, cette impératrice, sera peut-être aussi aban-donnée qu’elle fut entourée, aussi infortunée qu’ellefut heureuse, aussi oubliée qu’elle fut adulée. Elleen sera peut-être réduite à cet excès de solitude et