78 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
muni de la lettre, j’étais aux Tuileries. J’entrai parle guichet de la rue de Rivoli, sans que les sentinellesahuries et les gardiens à la figure piteuse et décom-posée pensassent même un instant à me barrer lepassage, à me demander où j’allais.
Dans la cour, je retrouvai, encore timides et se te-nant loin des bâtiments, en curieux, les citoyens quej’avais aperçus du haut de ma selle, en traversant leCarrousel derrière le général. Je ne m’en inquiétaipas et poussai droit à l’entrée principale, au pavillonde l’Horloge. Là, même abandon, même décourage-ment des gardiens et des gens de service. Ce ne futqu’au premier étage, presque à la porte des apparte-ments de l’Impératrice, qu’un huissier, de noir vêtu,culotte courte, épée au côté, chaîne d’argent aucou, m’arrêta, me demandant ce que je voulais.
Je répondis que j’avais une lettre à remettre à SaMajesté, et qu’il était important qu’elle lui parvînt surl’heure.
— Sa Majesté est partie, me dit l’huissier.
— Partie? Où?
Il ne savait pas. Des femmes de chambre, dont lafigure était baignée de larmes, descendaient le grandescalier, sur les paliers duquel les gens se bouscu-laient, les uns montant, les autres s’en allant. La do-mesticité circulait effarée dans les couloirs, cherchantdes clefs pour fermer des armoires. Des portes étaientpoussées bruyamment. C’était un désordre complet,un affolement général.
Je m’adressai encore à deux ou trois personnes qui