88 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
des représentants du pays librement consulté, le pla-card affiché dans Paris commençait par ces mots :« Français, le peuple a devancé la Chambre. »Ne trouvez-vous pas cette façon de devancer, quiconsiste à saccager et à disperser, tout à fait déli-cieuse?
Le peuple a devancé la Chambre, c’est-à-dire (qu’onme pardonne la trivialité de l’expression), qu’il s’estassis sur la Chambre, ce qui est une façon bien fami-lière de devancer les gens.
Nota bene. Les représentants du peuple qui avaitdevancé la Chambre s’adjugeaient, dès cette premièreséance, une indemnité calculée sur le pied de cin-quante mille francs par an. Ce n’était pas exorbi-tant, mais c’était déjà joli pour des gens qui voulaientêtre « non à l’honneur, mais à la peine ». Le seul quicrut devoir refuser cette petite liste civile fut HenriRochefort. Ses collègues ne réussirent jamais à lefaire renoncer à un désintéressement qui pouvaitparaître un blâme pour eux.
Ainsi que je l’ai dit, les membres du gouvernementne l’acceptèrent qu’à leur corps défendant, et unique-ment pour étayer leur popularité sur la sienne, enface d’une foule qui répondait à tout ce qu’ils luidisaient : « Et Rochefort? » On inventa pour lui je nesais quelle grotesque fonction de grand maître desbarricades, et le peuple fut content de savoir que sonidole, aurait, à un moment donné, quelque chose àfaire avec les barricades. Du reste, Rochefort ne devaitpas gôner longtemps ses collègues.