90 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
s’il eût été à Tours? Travailleur infatigable, passantles nuits à son bureau sans préjudice du travail dulendemain, organisateur méthodique, connaissantl’organisation de l’armée française mieux que qui quece soit, quelle somme d’efforts intelligents n’eût-ilpas pu réaliser?
Gambetta, comme on dit en argot de théâtre,croyait que c’était arrivé. Trochu, et ce fut là sagrande faiblesse, ne croyait pas à la possibilité de ladéfense. Il pensait que tout était fini depuis Châlons.Il était trop clairvoyant pour en douter. Il ne croyaitpas que c’était arrivé ; mais il était sûr de ce qui arri-verait. Il aurait fallu Gambetta à Paris et Trochu enprovince. Ici la foi qui enfante le miracle, là-bas lasagesse qui utilise les efforts. Avec Gambetta, la fa-meuse sortie torrentielle aurait sans doute été tentée.Avec Trochu, on n’aurait présenté aux Prussiens quedes troupes armées, équipées, encadrées et suffisam-ment instruites. Je crois, pour ma part, à la sincéritéde Trochu parlant de son sentiment du devoir, et jeme refuse à le considérer comme un ambitieux.L’homme qui, élu par plusieurs départements, le siègeterminé, quittait volontairement la Chambre aprèsl’avoir tenue haletante et charmée sous la puissancede sa parole, par un véritable tour de force parlemen-taire, pendant deux séances consécutives, cet homme-là n’était pas un ambitieux.
Instamment prié de prendre part aux travaux del’Assemblée nationale, il répondit simplement ceci :
« Quand on a tenu la queue de la poêle et qu’elle