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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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94 JOURNAL ü’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.

étaient réunies. Elle portait une robe brune, avecune pèlerine de Worth, en drap noir, doublée de soieviolette et soutachée de lins galons d’or. Elle était encheveux, et tenait encore à la main le mouchoir debatiste avec lequel elle avait essuyé ses yeux rougis,et effacé un peu, en les étendant sur ses joues, lespetits traits de crayon noir dont elle marquait alorsses paupières, et qui, depuis, se sont singulièrementélargis... mode d’Espagne !

Les dames d’honneur, vivement émues, étaienttoutes debout, et vinrent l’une après l’autre baiser lamain de la souveraine, qui leur dit ces mots :

— En France, on n’a pas le droit d’ôtre malheureux.

Après ce baisemain et ces adieux, l’Impératricerentra dans son salon, où l’attendaient avec anxiétéles deux ambassadeurs, tremblant continuellementqu’elle ne changeât d’avis et ne renonçât au départconseillé.

Les deux dernières semaines que la pauvre femmevenait de passer aux Tuileries n’avaient été qu’unelongue torture, une véritable agonie morale.

Pas une heure de ces journées terribles ne s’étaitécoulée sans qu’une dépêche n’apportât ou ne con-firmât la nouvelle d’un malheur, d’un désastre. Aussison esprit et son corps, au milieu de ces heures con-sacrées aux larmes, au désespoir, au travail, etsuivies de nuits sans sommeil, sans repos, avaient-ilsété tous deux atteints.

Elle ne se soutenait qu’à l’aide de café très fort, etne se reposait un peu qu’en se saturant de chloral.