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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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LE VOYAGE DE L’iMPÉRATRICE.

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Pendant ces deux jours, l'Impératrice n’a rien man-gé. Elle a grignoté un biscuit et bu quelques gorgéesd’eau et de café. Mais ses compagnons de voyage ontfaim, et elle leur reproche à plusieurs reprises depasser leur vie à manger. On arrive à Deauville àquatre heures du soir, et on descend à l’hôtel duCasino où demeure M m ° Evans, qui aide aussitôt sonmari à cacher l’Impératrice à tous les regards, jusqu’àce qu’on se soit assuré d’un navire pour la traversée.

Pendant que le docteur se rend au port, M m ° Evanss’empresse autour de l’Impératrice, à laquelle lehasard a voulu qu’elle ressemblât d’une façon presquefrappante. On diraitles deux sœurs jumelles, dontl’une,accablée de douleurs et de fatigues, serait soignée dé-licatement par l’autre. M me Evans emballe dans une pe-tite valise le linge dont l’Impératrice peut avoir besoin,et celle-ci la suit des yeux en lui disantà deux reprises :

— Des mouchoirs surtout...

Au port où le docteur est descendu, deux yachtssont amarrés. L’un, la Gazelle, appartient à sir JohnBurgoyne ; l’autre, le plus grand, à un gentleman amé-ricain. C’est celui-ci que le docteur Evans visite toutd’abord. Le bâtiment ne lui semble pas solide, et avantde conclure avec son propriétaire, il se rend auprès dosir Burgoyne et lui demande s’il veut consentir àpartir le soir môme. Refus catégorique du nobleanglais, à l’honneur duquel le docteur croit devoir seconfier : c’est l’Impératrice qu’il faut sauver, l’Impé-ratrice que connaît le gentilhomme, ami personnelde l’Empereur.