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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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102 JOURNAL D UN OFFICIER D’ORDONNANCE.

A Évreux, il faut passer au milieu de la garnisonrangée sur la grande place et entourée de la popula-tion entière. Le préfet nouveau, venu de Paris, etentouré du conseil municipal, des autorités, est entrain de proclamer la République et de faire un dis-cours. Le docteur Evans paye d’audace et va lui idemander la permission de ne pas attendre, pour pas- •ser, la fin de cette patriotique cérémonie. La permis-sion est accordée, et des milliers d’yeux suivent lepassage de la vieille voiture où est cachée la femmede César.

Parti de Paris le 5 au matin, on arriva à Dcauvillele 6 au soir.

Pendant le trajet, l’Impératrice resta triste, morne,abattue. Par moment cependant elle s’assoupissait etsemblait dormir, puis tout à coup, comme si une idéefolle lui eût traversé l’esprit,elle se redressait, devenaitvive, gaie, parlant beaucoup, riant davantage. Et cette |crise de gaieté s’éteignait dans un déluge de larmes. |

La pauvre femme a tant pleuré que ses deux petits Imouchoirs sont trempés de larmes, comme celuiqu’elle a laissé sur son bureau des Tuileries.En outre,depuis le 15 août elle souffre d’un rhume de cerveau;la fine batiste est dans un état plus facile à imaginer j

qu’à décrire. Le docteur propose de laver les mou- 'eboirs et de les faire sécher. L’Impératrice refused’abord, accepte ensuite, et le docteur se livre àl’opé- jration du blanchissage, dans un petit fossé qui borde lle chemin. Puis il tient les mouchoirs à la portière jus- »qu'à ce que le vent qui les fouette les ait rendus secs.