LE VOYAGE DE L 1 IMPÉRATRICE.
103
quitta tout à coup le pont de son navire et descenditdans la cabine, blôme, les yeux hagards et pleins delarmes.
— Nous sommes perdus, dit-il.
Et prenant à partie le docteur :
— C’est votre faute, à vous, ajouta-t-il.
Et il disparut, remontant sur le pont aussi vite qu’ilen était descendu.
Les passagers, stupéfaits de cette sortie étrange,inattendue et rapide, se regardaient entre eux. L’Im-pératrice ne put retenir un grand éclat de rire, tantla tête du gentleman désespéré lui avait semblé réel-lement comique. Étrange nature des femmes ! Ellestremblent devant un danger imaginaire, elles affron-tent en riant un danger réel. L’Impératrice n’avaitrien à craindre en France, et elle fuyait. Elle était àdeux doigts de l’abîme, et elle riait. Un garde nationalexcitait sa terreur, l’Océan soulevé éveillait sagaîté.
Au petit jour le vent mollit, la mer se calma unpeu et l’on put entrer dans le port de Ryde. On dé-barqua aussitôt et l’on se rendit à l’hôtel du/h'er, dontle propriétaire voyant arriver deux femmes trempées,fripées, défrisées, accompagnées par un hommeencore plus mouillé qu’elles, ferma sa porte. On seréfugia à l’hôtel d’York, où l’on fut reçu sans empres-sement.
Après avoir pris un peu de repos, l’Impératricegagna Ilastings en chemin de fer, et descendit dansl’après-midi à Marine-Hotel, où elle séjourna une