148 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
de raffinements pour lui témoigner une défiance inju-rieuse. C’est au point que, lorsqu’il se présentait auxTuileries, dans le salon de l’Impératrice, toutes lesconversations s’arrêtaient, comme en vertu d’un motd’ordre. On eut dit qu’un espion pénétrait dans unconciliabule secret de conspirateurs. Tous les fidèlesaffectaient de se regarder entre eux dans le plus pro-fond silence, et le malheureux homme, décontenancéne tardait pas à battre en retraite, c’est-à-dire à sereplier en bon ordre, ainsi qu’il a eu malheureuse-ment trop souvent occasion de le dire en parlant deses troupes pendant le siège. Plus d’une fois mêmel’Impératrice lui fit comprendre, en termes explicites,que sa présence était tolérée parce qu’on ne pou-vait faire autrement, mais qu’elle n’était nullementagréable.
Il serait donc injuste de faire un crime au généralTrochu d’avoir espacé ses visites aux Tuileries autantqu’il pouvait, et d’avoir laissé au ministre de la guerrela mission, que ce dernier revendiquait d’ailleurs,d’assurer la sécurité de la régente. Si l’Impératriceavait été avec le général dans des termes autres queceux qu’elle avait volontairement établis, son premiermouvement n’eût-il pas dû être de le faire appeler etde se mettre sous sa protection? Et Dieu seul sait cequi serait arrivé si elle eût eu le courage de fairecette démarche qu'elle n’osa ou ne voulut pas entre-prendre.