PARIS BLOQUÉ. 151
sions, en apprendre plus long que par les rapportsofficiels.
Un soir, l’un de nous lisait la circulaire de Jules Favreaux agents diplomatiques. Arrivé à ces mots : « Pasun pouce de notre territoire, pas une pierre de nos for-teresses», ils’arrôta. Nous frissonnions positivement.
— Vous trouvez cela très beau, n’est-ce pas? nousdit-il. C’est beau, peut-être, mais d’une beauté tran-sitoire; car si nous abandonnons, non pas un poucemais des lieues de territoire, non pas des pierres maisdes forteresses entières, ce ne sera plus beau du tout.Et vous tous qui croyez Jules Favre un grand homme,parce qu’il a écrit cette ligne sonore, vous serez bienprès de le traiter d’imbécile.
Quelqu’un se récria.
— Et l’honneur? dit-il. Est-ce qu’il ne prime pasles intérêts matériels?
— Je serais enchanté, répondit le sceptique, qu’onme prouvât que l’honneur, quand vous êtes blessé enduel, vous oblige à continuer de combattre, au risquede vous faire tuer. Je serais enchanté qu’on me prou-vât que tous les souverains, que tous les peuples quiont fait la paix après des désastres moins considé-rables que ceux que nous venons de subir, étaientdes pleutres et des paltoquets. A ce compte-là, je medemande où seraient les braves gens en Europe ? Cartous les peuples ont été successivement battus parnous, et tous ont fait la paix dès qu’ils se sont sentishors d’état de lutter à armes égales. Est-ce queFrançois-Joseph était lâche de faire la paix après