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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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164 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.

pendant le siège. Aujourd’hui il est commandantmilitaire du Palais de Justice.

— Levez-vous, me dit-il, le gouverneur vous de-mande.

J’endossai à la hâte mon uniforme que je venais dedéposer, ét je me rendis immédiatement auprès dugénéral Trochu.

Il était seul, assis devant son bureau,'dans la tenuemoitié civile, moitié militaire, qu’il affectionnait :veston de chambre et pantalon rouge. Il portaitune calotte grecque qui ne le quittait guère, et querendait nécessaire sa complète calvitie. Il tenait à lamain sa grande pipe de kummer, culottée avec amour,comme disent les fumeurs.

— Je suis fâché, mon cher enfant, me dit-il, de vousdéranger, mais on m’annonce des avant-postes lavisite d’un général américain, qui ne parle pas fran-çais. Gomme, de mon côté, je ne parle pas anglais, jedésire que vous nous serviez d’interprète. Asseyez-vous là, ajouta-il en me désignant du doigt un descanapés qui garnissaient les embrasures deshautes fe-nêtres. Dormez si vous voulez, je vous réveilleraiquand j’aurai besoin de vous. J’ai à travailler.

Je n’osais pas m’étendre sur le canapé devant legouverneur, et je dormis tant bien que mal, dans uneposture aussi respectueuse que possible. Vers cinqheures, le général me réveilla :

— Vous pouvez rentrer, me dit-il. Le général neviendra que dans la matinée. Revenez à huit heures.

A neuf heures, le général américain, précédé d’une