170 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
ainsi longtemps, j’allais perdre le commencement.Je lui coupais alors la parole, pour traduire tout cedont je me souvenais. Il était bien facile de com-prendre pourtant qu’un interprète ne peut pas em-magasiner dans sa mémoire une harangue de vingtminutes. Le général ne s’en rendait pas compte, etavec lui c’était toujours à recommencer.
La conférence terminée, Jules Favre et le généralTrochu demandèrent la permission d’en référer à leurscollègues du gouvernement, et j’eus le temps de mettreà profit les instructions du gouverneur en promenantmon ami Burnside.Je dirigeai sa tournée de façon à luidonner la plus haute idée de nos moyens de défense.
Ces interminables entretiens devaient être inu-tiles. Après avoir pris l’avis de ses collègues, JulesFavre exposa dans une dernière entrevue que lespropositions inconsistantes et vagues dont était por-teur le général Burnside ne pouvaient être acceptées,qu’elles mettraient les élections à la merci de l’en-nemi et ne donneraient aux électeurs aucun moyende faire prévaloir sérieusement leur volonté. Que si,au contraire, le chancelier voulait accorder un armi-stice de quinze jours, avec ravitaillement propor-tionnel, le gouvernement français accepterait avecempressement.
Le ministre remit au général Burnside pour M. deBismarck une lettre conçue dans ce sens, et, après uneconversation à bâtons rompus sur les événements dujour, en dehors des questions politiques qu’ils venaientde traiter, on se sépara.