176 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
un porte-épée qui commandait les avant-postes deSèvres, et qui envoyait, dès qu’il m’apercevait, unhomme à cheval prévenir les officiers prussiens par-lementaires, logés quelquefois un peu loin du bordde l’eau.
Ges plaisanteries n’étaient point variées. Au fond,elles se réduisaient à une seule, toujours la même.
Cet animal faisait quelques pas sur le pont, et mecriait en allemand :
— Bonjour, mon capitaine. Vous avez encore maigridepuis la dernière fois.
Gomme je ne me croyais pas obligé de varier maformule plus qu’il ne le faisait lui-même, je répondaisinvariablement :
— Je suis au régime, je m’entraîne.
Et l’idiot blond reprenait :
— Vous n’avez pas à manger à votre faim.
A quoi je répliquais toujours :
— Si vous avez besoin de quelque chose, ne vousgênez pas. Vous savez le proverbe : Quand il y en apour...
Souvent cependant, une fois sur trois en moyenne,quand nous avions enjambé la barricade, nous étionssalués de quelques coups de fusil, et les balles, envenant frapper sous nos pieds ou derrière nous lestonneaux vides qui faisaient partie de la barricade,produisaient un bruit étrange. Peu à peu cette façonde nous recevoir devint trop fréquente pour êtretolérée : il fallut se plaindre. Un jour, après avoir faitsonner la cessation du feu et avoir entendu le signal