178 JOURNAL d’üN OFFICIER d’üRDONNANCE.
Burnside, que je regardai, ne sourcilla pas. Il n’avaitpas compris, et me demanda ce qui venait de sepasser.
— On nous fusille, lui dis-je en riant, et c’est bienheureux que nous ayons échappé à ces maladroits,car, au moins, vous qui êtes au courant de l’affairedes parlementaires, vous avez la preuve que si desFrançais ont tiré par erreur sur un parlementaireprussien, les Allemands tirent sûrement et conscien-cieusement sur les nôtres, même après avoir réponduà nos sonneries.
Je n’avais pas achevé, que deux nouvelles balles,effleurant la tête du général, venaient s’incruster, àhauteur d’homme, dans le crépissage d’un petit murcontigu à la barricade.
Le général, qui doutait encore, fut convaincu.J’allai au mur, et, avec la pointe de mon couteau, jeretirai une des deux balles encore chaude.
— Tenez, dis-je en la lui remettant, si vous vouleztrancher, d’une façon péremptoire, une questioncontroversée, soyez assez bon pour offrir ce pro-jectile à M. de Bismarck. Ce sera, entre vos mains,un argument excellent pour démontrer les dangersque courent les parlementaires français, et mêmeaméricains.
Nous nous étreignîmes cordialement, je pris congéde lui, et il fut conduit par deux mobiles sur ce qu’onappelait alors la rive prussienne.
Quelques minutes après, il disparaissait à l’angled’une rue de Sèvres, les deux mobiles revenaient, et