Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
189
JPEG-Download
 

DU CAHTOLE A LA ROCHE TARPÉIENNE. 189

fossé, et de recevoir sans bouger des balles invisibles.On jouit du sentiment de sa responsabilité, sans êtreécrasé par la nécessité de répondre continuellementd’hommes dont on n’est pas toujours sûr.

On voit marcher la mécanique, et en quelque sorteremuer la victoire. Il y a, entre la situation d’un officierd’état-major et celle d’un officier de troupe, une diffé-rence en quelque sorte analogue à celle qui existeentre le poste d’un marin, debout sur le pont, qui sentson vaisseau se mouvoir sous ses pieds, et le posted’un mécanicien qui reste dans sa machine, sans rienvoir, sans même savoir si on aborde, si on coulel’ennemi ou si on est coulé.

Le jour de la bataille de La Jonchère, je galopaitoute la journée, porteur d’ordres, en ces endroitsjadissi joyeux, où je retrouvais, au milieu du bruit et desnuages de la poudre, des lambeaux de mes jeunesannées accrochés un peu partout, et les souvenirsdes parties d’antan.

Dans ces journées, les généraux ressemblent à desbergers, les troupes à des moutons, et les officiersd’état-major aux chiens courant sur les flancs du trou-peau, pour le pousser d’un côté ou d’un autre, et mêmesur son front pour le faire rétrograder. C’est intéres-sant au possible.

Je me croisai trois ou quatre fois avec mon frère,officier d’ordonnance du général Berthaut, qui, luiaussi, avait fort à faire, et à qui il arriva une aventureassez singulière.

Au détour d’un chemin, il tombe au milieu d'une

il.