PARIS.
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des tics, des manies. Paris, quand on le connaît, n’estpas une ville, c’est un être animé, une personne na-turelle, qui a ses moments de fureur, de folie, debêtise, d’enthousiasme, d’honnêteté et de lucidité;comme un homme qui est parfois charmant et parfoisinsupportable, mais jamais indifférent.
On l'aime ou on l’exècre; il attache ou il repousse,mais il ne laisse personne froid.
Rien ne serait donc plus curieux, plus instructif,que de dépeindre, dans leur ensemble et dans leursdétails, les modifications profondes apportées par lesiège dans cette vie du colosse, dans sa physionomie.
Malheureusement, il me faudrait pour cela la plumed’un grand littérateur doublé du crayon d’un grandartiste, et je confesse ma parfaite insuffisance person-nelle,aussi bien que celle ducadre dans lequel j’évolue.
Je veux cependant consigner ici quelques-uns destableaux qui ont frappé ma rétine et éveillé monattention, par ce seul fait qu’ils ne ressemblaient pasà ce que j’avais l’habitude de voir jusque-là.
Au premier coup d’œil, ce qui saisissait dans Parisassiégé, c’était le nombre des uniformes. Tout V.monde.était soldat, et il n’y avait guère que lesmembres du gouvernement qui n’arborassent pointau moins un képi, comme symbole du costume mili-taire. Alors même qu’aucune action n’était annoncéeni préparée, les rues, les boulevards et les placesn’étaient guère sillonnés que par des gens affublésde vêtements dont les boutons, sinon la coupe, rappe-laient l’uniforme.