journal d'un officier d’ordonnance.
On cousait une bande de drap rouge à son pantalon,une douzaine de boutons blancs à une vareuse ou àun veston, on se coiffait d’un képi de trente sous, onabattait ses favoris, et on était soldat, défenseur de laPatrie. Les gens isolés circulaient avec leurs fusils, serendant à un rassemblement quelconque; les omnibusparcouraient le boulevard, hérissés de canons de fusilset semblables à des pelotes d’épingles ou à des porcs-épics.
Dans les cafés et les restaurants, mêmes alluresmartiales. Les places et les carrefours, le chemin desfortifications, étaient utilisés pour les exercices, où desofficiers improvisés apprenaient ce qu’ils ne savaientguère à des soldats novices qui ne savaient rien dutout.
Donc, tout le monde était soldat, ou à peu près.Quant à être bon soldat, ceci est une autre affaire.La bourgeoisie, les boutiquiers, les employés et l’aris-tocratie, qui fournissaient les bataillons du centre,firent leur devoir, posément, sérieusement. Quant auxbataillons des faubourgs, quant aux bataillons popu-laires, je mentirais en disant que c’étaient de bonnestroupes, et je dois avoir le courage de déclarer qu’ilsse réservèrent généralement tant qu’on n’eut que lesPrussiens à combattre, et qu’ils ne se comportèrentun peu proprement, au point de vue militaire, quelorsqu’ils eurent en face d’eux l’armée française.
Il y avait trop de ce que nous appelons des « pra-tiques » dans ces bataillons, et quand elle n’est pasmatée par des cadres énergiques, officiers ou sous-