PARIS.
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fut énorme pendant toute cette période. Joignez à celales excitations continuelles des clubs, les fièvresentretenues par les dépêches invraisemblables et lesproclamations, obligatoirement ardentes, qui tom-baient de temps en temps au milieu de la population ;les alternatives continuelles d’enthousiasme, de co-lère, de déceptions et d’espérances; le trouble portédans les idées par des spectacles nouveaux, les pa-niques succédant aux confiances ; l’ébranlement cé-rébral produit par le grondement continu, dans lesderniers jours, des canons qui bombardaient; lesinquiétudes perpétuelles,— et vous aurez les élémentsde ce qu’on a appelé la folie obsidionale.
Et encore les Parisiens de Paris, encadrés dansleur voisinage, connaissant leur quartier, soutenuspar la solidarité des relations, s’en tiraient-ils tantbien que mal ; mais que dire de ces infortunés quiavaient fui devant l’invasion, et s’étaient engouffrésdans Paris sans y connaître personne? Que dire en-core des pauvres diables chassés de chez eux parle bombardement, et rabattus par les obus vers lecontre?
On avait réquisitionné pour tout ce monde deslogements inoccupés, dont quelques-uns étaient fortluxueusement décorés, et habités d’ordinaire par desfamilles aristocratiques. On campait dans des salonsadmirables. On étendait, entre des murs recouvertsde satin ou de moulùres dorées, des cordes sur les-quelles on faisait sécher le linge lavé, ou les langesdes bébés. On grillait du cheval dans des cheminées