266 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
de porphyre. Et ces réfugiés ahuris ne savaient sediriger dans les rues inconnues, restaient là, hébétés,sans penser, sans savoir où ils étaient et où ils enétaient.
En ces premiers jours de décembre, Paris la nuit,— et la nuit vient vite en décembre, — était toutsimplement lugubre.
La Compagnie du Gaz, si habilement dirigée parM. Camus, avait fait tout ce qu’elle avait pu. Elle avait,au début, des approvisionnements considérables decombustible, mais quels approvisionnements au-raient pu résister aux huit cent mille becs de gazqui brûlent sur la voie publique à Paris, et aux mil-lions de becs allumés dans les locaux particuliers?Ceux-là furent privés les premiers d’éclairage, puis,peu à peu, les lampadaires des rues allumés devinrentplus rares. Dans quelques-uns on mit des lampes àpétrole, dans d’autres des bougies; mais la plupartrestèrent sombres, laissant grandir autour d’eux lesimmenses taches d’ombre qui s’étendaient sur laville.
Paris sans gaz est effrayant. Quand on marche àtravers champs, fit-il noir comme dans un four, on ale sentiment que tout repose, que tout dort autour desoi. A travers Paris il en va autrement. Dans le silenceet dans l’obscurité, on a le sentiment que quelquechose d’énorme et de malade se remue et se traîneautour de vous. On est positivement terrifié. On secroirait dans une cave pleine de frôlements suspects,de plaintes sourdes, de chausse-trapes béantes, alors