PARIS.
215
Mellinet; le duc de Castries, sous-lieutenant de cava-lerie; M. Arthur Meyer, et le capitaine de Neverlée.
On devait sortir et se battre le lendemain. On buvaitdonc du champagne.
Tout à coup Neverlée, un beau et intelligent garçonque j’avais connu en Chine, dit, en levant sa coupe,comme pour un toast :
— C’est mon dernier verre de champagne. Je seraitué demain.
Les autres de se récrier.
—Je serai tué demain,répétait obstinément Neverlée.
A ce moment survint un Américain, M. Hutton, quiavait été arrêté comme espion prussien au commen-cement du siège, puis relâché. Il s’était placé dans lesambulances, et il passait pour un monsieur très bieninformé.
Il tenait à la main un des premiers exemplaires dela proclamation de Ducrot, qu’il était allé chercher àl’état-major du général.
— Mort ou victorieux, répétait-il.
Le surlendemain, Neverlée était tué à quelquesmètres d’un mur crénelé. Lui et son cheval avaientreçu trente-huit balles.
Le duc de Castries, qui aimait Neverlée comme unfrère, décida, je ne sais à quel prix, un cocher de fia-cre à le mener sur le champ de bataille. Il retournaitles morts les uns après les autres, et trouva enfinsous un monceau de cadavres le corps de son ami,qu’il ramena côte à côte avec lui dans la voiture.
N’était-ce pas beau?