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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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£92 JOURNAL DUN OFFICIER DORDONNANCE.

de rempart, et jimagine que je lui dois la vie.

Donc, au lieu de suivre la chaussée, sur laquelle secroisent un tas dobjets en métal tout à fait incom-modes et gênants pour la circulation, je descendsdans les champs. La chaussée courant sur ses talusdépasse ma tête et me sert dabri. Je galope ainsidix minutes, nayant à redouter que les boulets fran-çais qui passent au-dessus de moi, pas très haut.Quant aux balles des Allemands, jen suis absolumentpréservé, et leurs obus ont une trajectoire qui lesemporte bien au delà.

Sur ce champ de bataille, couvert de vivants toutà lheure, et les morts et les mourants semblentsi nombreux quon dirait des régiments couchés pourla grande balte, cest bien, hélas! pour la plupart,la grande, la dernière balte, il ny a de valide quunseul homme, un prêtre des Missions étrangères.

Seul, isolé, sans avoir lair de se douter du dangerquil court, il accomplit son devoir et vaque à sonministère; il circule sous les obus et les balles aveccette allure lente, tranquille, quil aurait en traver-sant le soir, pour aller confesser, une église à moitiéendormie avec des femmes agenouillées sous la lampedu sanctuaire.

Pour le moment, il est penché, dans sa grande robenoire, et agenouillé près dun mobile à qui sa petitefigure, pâle, sans barbe, et grimée par la souffrance,donne lair dun enfant de douze ans. Il lui a prisla tête sur son bras droit, et, loreille penchée sur labouche du soldat, il le confesse! Jarrive à lui, il lève