Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
293
JPEG-Download
 

VILLIERS-CIJAMPIGNY.

293

les yeux, pose doucement à terre la tête de sonmobile et vient à moi.

Avez-vous vu le gouverneur?

Oui, monsieur laide de camp, me dit-il, il est-bas, à cinq ou six cents mètres dici, tout à faitperpendiculairement à cette route.

Merci.

Et je pars. Au bout de quelques pas, je me retournesur ma selle. Il a repris son mobile et lui fait baiserson crucifix.

Ah! que cest bête de vouloir supprimer cela, dechasser les aumôniers, et de navoir plus à offrir auxagonisants, au lieu des prières dantan, quune Mar-seillaise avinée.

Qui expliquera le mystère de lassociation desidées? Je pensai tout à coup, en le voyant ainsi àmoitié couché, les bras loin du corps, queffectivementil ressemblait assez à un corbeau, et le « couâ» stupidedu voyou parisien me traversa la cervelle.

Pourquoi pas, après tout? me disais-je. Cest bientrouvé. Ces gens- sont des corbeaux, mais de divinscorbeaux, qui sabattent sur les champs de bataille,au milieu de la charogne humaine, pour picorer lesâmes.

Quelques instants après, javais enfin rejoint legouverneur; poussant mon cheval contre le sien,je lui répétai à loreille, mot pour mot, les parolesdu général Schmitz. Il me sembla quun éclair dejoie, sorti des yeux, illuminait un instant cette figuregrave, sévère. Cela dura une seconde seulement, puis