298 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
est couché à terre, broutant tranquillement la bonneherbe gelée, craquante, pralinée de givre, qui lenourrit, le rafraîchit et le désaltère. La pauvre bêtoest aussi paisible que dans son écurie. Elle aura faitau moins un bon repas avant de mourir.
Nous avons cessé d’être dans la zone dangereuse,et involontairement on se met à respirer plus fran-chement.
C’est devant nous et à plus de cinq cents mètres,par conséquent sur un espace aussi abrité et sûr,pourrait-on croire, qu’un boudoir de jolie femme, quevient d’être blessé par un obus absolument égaré,parti on ne sait d’où, le brillant et infortuné comman-dant Franchetti, le chef d’un escadron d’éclaireurs levépar lui et admirablement monté. Ducrot l’a envoyéen arrière pour faire avancer des caissons d’artilleriede réserve. La blessure est mortelle. Pauvre, pauvregarçon !
C’est là un de ces hasards qu’on appelle providen-tiels quand ils sont heureux, et fatals quand ils sontmalheureux.
En somme, l’affaire avait bien marché. Nous nousétions battus une première journée. Nous avions passéune seconde journée sur place à nous refaire et ànous reconstituer. Nous venions de tenir une troisièmejournée dans desconditions honorables.Nonseulementnous n’avions pas été refoulés, mais les troupes cam-paient sur des positions occupées par l’ennemi.
Alors? Alors...voilà tout. Sortir?Personne parmi lesgénéraux n’en avait seulement la pensée, et la preuve,