302 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
le rationnement commença. Ainsi, un mois plus tard,la capitulation allait succéder de bien près à cetteautre déclaration : « Le gouverneur de Paris ne capitu-lera pas. » Remarquons que tous ces gros mensongesétaient commis par les mômes hommes qui repro-chaient, avec raison, à l’Empire de toujours mentir.Ils lui avaient emprunté non seulement le plébiscite,mais encore le mensonge.
Par exemple, le vin ne manquait pas, ni l’eau-de-vie, ni l’absinthe. Ils ne manquaient pas assez, caronen faisait une consommation véritablement surpre-nante. Oncques ne se virent tant de pochards quependant le siège. Histoire de s’étourdir, disaient-ils, etde remplacer le solide par le liquide.
On les substituait si volontiers l’un à l’autre, que levieux Clément Thomas, effrayé des progrès de l’alcoo-lisme, dut faire un exemple, et signaler publiquementun bataillon qui était arrivés aux avant-postes deCréteil en décrivant des zigzags. Le commandant lui-même titubait. Le général déclara que, dans ces con-ditions, la garde nationale dont il était le chef consti-tuait un danger de plus. On ne lui pardonna pointcette franchise. Il venait do signer son propre arrêtde mort, qui fut religieusement exécuté, comme onsait, dans un jardin de Montmartre, le 18 mars 1871.
Ce qu’il y avait de particulier, c’est que ces pochardsabsolument incapables de faire un service quelcon-que, étaient les plus enragés à réclamer les sorties. 11était aussi difficile de les contenir dans Paris que deles retenir devant l’ennemi. Quel mondol