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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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VILLIERS-CHAMPIGNY.

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à soigner les blessés. Je sais bien que ceût été inutileet même un peu grotesque. Mais alors, pourquoi direquon désire une chose inutile et grotesque?

Mon Dieu, délivrez-nous de la littérature en matièrede gouvernement!... Ainsi soit-il !...

Il ne fallait pas songer à laisser plus longtempsdevant lennemi, qui se massait à chaque heure plusprofondément, nos jeunes troupes désorganisées parle feu et démoralisées par le froid. Les malheureuxsoldats grelottaient dans leurs capotes, et les deuxtiers pouvaient à peine remuer.

Dans la nuit et dans la matinée du lendemain nousportâmes partout les ordres de retraite, et tout lemonde rentra chez soi.

Nous eûmes trois semaines de repos.

Quant au rendez-vous donné par Gambetta pour le6 décembre dans la forêt de Fontainebleau, nous nefûmes pas seuls à y manquer, car larmée de la Loirevenait de perdre Orléans, battait en retraite, et, cemême 6 décembre, je portai à Sèvres une réponse dugouverneur au général de Moltke,qui avait eu la pré-venance de nous faire part de ce succès de ses armées,et de nous offrir de le faire vérifier par un officierfrançais sorti de Paris.

Pendant ces quelques jours de désœuvrement,Parissoccupa de son garde-manger, et tout à coup le bruitcourut que les vivres allaient manquer. Il y eut quel-ques jours de panique, que le gouvernement dut com-battre. Il le fit en déclarant ceci : « La consommationde pain ne sera pas rationnée. » Et, peu de jours après,