306 JOURNAL D'UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
quelques sacs de bonbons. Mais les étrennes les pluscourantes, les plus recherchées, les plus intelligentes,furent les comestibles. On était accueilli par des crisde joie, quand on arrivait avec un bouquet composéd’un chou entouré d’une fine collerette de papier dé-coupé, ou d’une botte de carottes pareillement ornée.Quelques nababs allèrent jusqu’à la volaille. Lesgens simples échangeaient des boîtes de conserves.On réveillonna, on mangea du boudin, on fit descrêpes et des bons mots.
Je sais des Parisiens, — ceux-là sont les meilleurs,— qui, s’ils avaient vécu à Pompéi, auraient nargué lalave et auraient certainement été retrouvés, par leXVII e siècle, dans l’attitude peu romaine et peu clas-sique du citoyen dans la position du pied de nez.
Il n’est pas toujours nécessaire d’être solennel,gourmé ou pleurnicheur, pour accomplir son devoir,plus que son devoir même ; et personne, en Francedu moins, n’a posé en principe que l’héroïsme nepouvait marcher de front avec la gaîté.
A l’heure où j’écris, la gaîté, je le sais, est en fuite,ou, pour emprunter au siège une expression familière,« se replie en bon ordre »; mais je crains bien, hélas 1que l’héroïsme ne l’ait précédée dans cette débâcledes vieux sentiments français.