308 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
Après Champigny, après le second combat duBourget, après l’évacuation du plateau d’Avron, lesclubs continuant à tonner, les farceurs sinistres quiallaient organiser la Commune commencèrent às’agiter.
Leur thème était toujours le même. Le gouverne-ment était incapable. Il fallait que Paris prît en mainsla défense de ses destinées.
Et la garde nationale se fédérait, et la garde natio-nale manifestait. Et petità petit,entrait dans l’esprit deschefs cette pensée cruelle, impie, et cependant toutelogique, que ce monde turbulent ne se tiendraittranquille que lorsqu’il se serait fait un peu tuer, etque, pour guérir Paris de sa lièvre, pour faire tomberson exaltation, il fallait lui soustraire quelques pintesde sang.
— Ces gaillards-là ne seront contents que lorsquenous leur aurons démontré, ad hominem, qu’ils sontincapables de s’en tirer, et qu’il est- temps de poserles armes, chuchotait-on tout bas dans les états-majors.
C’est épouvantable, je le sais bien. Mais commentfaire, comment prouver à des gens incapables derien entendre aux choses militaires, qu’il n’y avaitplus qu’à rester immobile, l’arme au pied, atten-dant sous les obus qui commençaient à tomber surParis, car le bombardement était le cadeau, lesétrennes, de la Prusse à la capitale, jusqu’à ce qu’ilrestât tout juste assez de pain dans la huche pourqu’on eût le temps d’en aller chercher d’autre ?